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Le trimaran MACIF prêt à prendre son envol

A environ deux mois de sa remise à l’eau, le chantier se poursuit entre les différents sites impliqués sur la transformation du trimaran MACIF. L’un des axes majeurs de ce chantier de six mois aura été la conception et la construction de nouveaux appendices (foils, safrans) destinés à rapprocher le bateau de 30 mètres du mode vol. Responsable du bureau d’études, Antoine Gautier nous explique comment l’équipe Macif a travaillé sur cette problématique.

 

Le vol, toute une histoire

Si la Coupe de l’America 2013 a fait réellement basculer la voile à haute vitesse dans une autre dimension, l’idée de faire voler des bateaux n’est pas sortie de nulle part, nombre de marins ayant par le passé planché sur le sujet. Le plus célèbre d’entre eux est Eric Tabarly avec son fameux Paul-Ricard, l’un des tout premiers foilers hauturiers, mis à l’eau en 1979, mais qui ne vola jamais réellement : « C’était compliqué de voler au regard de la masse des bateaux, elle-même liée aux technologies de l’époque qui n’étaient pas assez abouties pour faire des bateaux suffisamment légers pour voler et des appendices suffisamment grands pour supporter ces poids de bateau », estime Antoine Gautier.

 

L’hydroptère d’Alain Thébault

Mais Paul-Ricard inspira l’Hydroptère, premier foiler à avoir réellement réussi à voler au sens où on l’entend aujourd’hui, mais qui, malgré l’acharnement d’Alain Thébault, essuya beaucoup de plâtres pour une multitude de raisons. La Coupe de l’America 2013 est alors arrivée, bousculant tout sur son passage, avec des premières images du catamaran de 72 pieds néo-zélandais volant au-dessus des flots qui ont laissé nombre d’ingénieurs bouche bée : « Pour nous, cela a été un tel choc de voir TNZ voler que nous étions persuadés que c’étaient des montages photos avec Photoshop ! On se disait : « L’Hydroptère, ils ont mis vingt ans à essayer de voler et eux, en trois mois, ils y arrivent ! C’était une vraie révolution », ajoute Antoine Gautier qui estime que « la différence s’est surtout faite sur la géométrie des appendices et sur le fait que Team New Zealand ait réussi à concevoir des foils auto-stables, ce qui n’était pas le cas sur l’Hydroptère, il n’y avait plus besoin de réguler les appendices pour que le bateau vole ».

3 m² au contact de l’eau…

Quand on évoque le terme de vol sur un multicoque hauturier destiné à être mené par un homme seul, le patron du bureau d’études du trimaran MACIF a souvent tendance à tiquer et à lui préférer celui de « sustentation » : « Le vol n’est pas un souhait à proprement parler, c’est plus la conséquence du fait qu’on essaie de soulager la plateforme, donc d’avoir des appendices plus efficaces, qui traînent moins et permettent d’aller plus vite. Mais l’état de l’art du multicoque en solo au large, au 15 mai, n’est pas de voler. Ça le sera peut-être dans six mois, un an ou plus tard, mais aujourd’hui, voler en solo au large, ce n’est pas l’objectif ».

Le vol n’est pas un souhait à proprement parler, c’est plus la conséquence du fait qu’on essaie de soulager la plateforme.

En tout cas pas l’objectif prioritaire, car force est de constater que la conséquence des réflexions des ingénieurs et des architectes ces dernières années permet à des trimarans de plus de 30 mètres et de 15 tonnes, à partir d’une certaine force de vent (15 nœuds) et d’une certaine vitesse (25-30 nœuds), de ne quasiment plus toucher l’eau. La surface immergée d’un tel bolide en mode « sustentation » ? « 3 m², un tiers sur les safrans, deux tiers sur la dérive et les foils », répond Antoine Gautier…

De la nécessité de faire passer MACIF d’archimédien à volant…

Le trimaran MACIF en chantier : encore quelques semaines avant la mise à l'eau - ©Alexis Courcoux / MacifDans sa première version mise à l’eau le 18 août 2015, le trimaran MACIF restait avant tout un bateau archimédien, avec cependant l’objectif affirmé de le faire sortir davantage de l’eau grâce à des foils dont la géométrie était clairement inspirée de celle des AC72 de la Coupe 2013. « Il y avait une volonté d’être plus aérien que ce qui se faisait jusque-là en soulageant davantage la plateforme, confirme Antoine Gautier. A l’époque, les foils des bateaux supportaient 50% du déplacement d’un bateau à une vitesse donnée ; nous, on voulait que ce pourcentage passe à 70-75%, donc dans nos dessins d’appendices, nous avons été un peu plus loin pour que ça porte plus, mais on ne s’est jamais dit qu’on volerait complètement, on voulait juste faire voler le flotteur et avoir toujours un petit morceau de coque centrale dans l’eau ». Depuis, une nouvelle Coupe de l’America est passée par là et surtout, deux nouveaux trimarans Ultimes, le Maxi Edmond de Rothschild puis Banque Populaire IX, sont sortis de chantier en 2017, conduisant très vite l’équipe de MerConcept à plancher sur une évolution du trimaran MACIF vers un mode plus volant, thème principal du chantier débuté en janvier et qui s’achèvera fin juin. « La réflexion a commencé courant 2017, explique Antoine Gautier. Nous savions que nous allions avoir des concurrents « plus sérieux », donc que nous aurions besoin d’une mise à niveau importante pour pouvoir jouer avec eux. Dès la mise à l’eau en 2015, nous savions aussi que notre paire de foils était déjà dépassée, nous n’en étions alors qu’aux balbutiements. Même chose pour les safrans. En deux-trois ans, avec une Coupe en plus, les choses ont énormément évolué, aussi bien en termes d’outils de conception que de connaissances/cahier des charges et de méthodes de fabrication ».

Dès la mise à l’eau en 2015, nous savions aussi que notre paire de foils était déjà dépassée, nous n’en étions alors qu’aux balbutiements.

Le vol, un travail d’équipe…

Une fois validée budgétairement par la Macif la décision de doter le trimaran de nouveaux appendices (foils et safrans), le bureau d’études s’est mis au travail en mars 2017 avec les architectes du cabinet VPLP pour la conception et avec le cabinet GSea Design pour la structure, les trois entités marchant main dans la main : « On commence par définir un cahier des charges par rapport à l’expérience tirée jusque-là du bateau. On essaie ensuite d’y répondre en testant numériquement plusieurs géométries, en regardant les contraintes structurelles qu’elles impliquent, c’est une boucle continue pour aboutir à une géométrie qu’on estime le meilleur compromis entre les problématiques de performance, de fiabilité, de stabilité et de masse », détaille Antoine Gautier. Une fois cette phase de conception achevée, en octobre 2017, a alors débuté celle de construction, répartie entre CDK Port-la-Forêt (foils), C3 Technologies à La Rochelle (safrans), bureau d’études Macif (systèmes de foils et modification de la dérive) et AwenTech, société dirigée par Bernard Pointet (systèmes de safrans), tandis que chez Madintec, on a commencé à plancher sur le futur pilote automatique pour l’adapter au comportement nouveau du bateau.

Un nouveau MACIF !

Le trimaran MACIF en chantier : encore quelques semaines avant la mise à l'eau - ©Alexis Courcoux / MacifC’est mi-juillet que sera remis à l’eau le trimaran MACIF après un chantier de six mois qui devrait révolutionner le bateau, c’est en tout cas ce qu’espère toute l’équipe réunie autour de François Gabart et d’Antoine Gautier. A quoi ressembleront les nouveaux appendices ? Concurrence oblige, le second préfère rester vague : « Disons que les foils seront un peu plus sexy que notre V1 et que leur géométrie sera un peu plus radicale que ce qui s’est fait sur les derniers bateaux, mais un novice ne verra pas forcément la différence. Sur les safrans, ce sera plus marquant : ils seront dotés de plans porteurs, plus profonds et surtout relevables, ce qui n’était pas le cas sur notre V1 ; c’est une philosophie complètement différente ». Pour quels gains attendus ? Là encore, le patron du bureau d’études reste à la fois évasif et prudent : « Nous avons des chiffres théoriques qui nous paraissent surprenants, parce que le gain semble colossal, mais on attend d’être sur l’eau pour en avoir confirmation. Et surtout, la question pour nous est de savoir si on ira suffisamment vite par rapport à nos concurrents ». Une chose est sûre, François Gabart et son équipe vont devoir ré-apprivoiser leur monture : « On considère que nous mettons à l’eau un nouveau bateau, cela veut dire qu’on s’attend à ce qu’il se comporte de manière complètement différente, avec sans doute des accélérations encore plus franches », confirme Antoine Gautier. Quid de la sécurité du skipper ? « Tant que nous n’avons pas navigué, on ne peut pas dire si MACIF sera plus ou moins sûr, mais ce qui est certain, c’est que la sécurité est un sujet qui nous préoccupe au quotidien, nous avons une vraie responsabilité en tant qu’acteur de la classe Ultime, il faut qu’on soit irréprochables », conclut l’intéressé.

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